Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 10:33

Tambours - Téléphone

    C’est fin septembre 1960 que j’ai croisé, au bac de la Lindi à quelques kilomètres de Stanleyville, cet homme éminent: John F. Carrington.
    Je me rendais à Basoko, lui venait de la mission de Yalemba et se rendait à Stanleyville.
    Il était là, vieillard chenu, mais toujours très représentatif et attendant que le bac se libère.
    Le Révérend Carrington,  qui avait vécu à la mission de la Baptist Missionary Society à Yakusu de 1938 à 1950, puis à la mission de Yalemba depuis 1951, était pour moi un homme célèbre.
    Je l’ai courtoisement salué, mais, impressionné, je n’ai pas osé, dans mon anglais approximatif, engager une conversation.

    Depuis longtemps, je connaissais ses activités:
    Je ne pourrais dire s’il était un grand scientifique bardé de diplômes ou simplement un missionnaire passionné par la connaissance des populations au sein desquelles il vivait.
    A son arrivée dans la région, il avait été frappé par le manque de possibilités de communications: pas de téléphones satellitaires, évidemment.
    Il avait réuni à  la mission de Yakusu, puis de Yalemba par la suite, des groupes de jeunes gens d’origine Lokele, puis ToPfoke, puis BaSoo auxquels il donnait non seulement des cours sur la connaissance de leurs dialectes respectifs, sur le vocabulaire, sur des règles grammaticales, en plus, il développait et enseignait à ces jeunes recrues, la technique de la transmission des informations par les tambours-téléphone, que nous, Européens, appelons communément le Tam-tam.
    D’après Wikipédia, il y aurait eu environ 200 élèves dont seuls 10 % auraient acquis la technique de la transmission par tambours-téléphone: devenir des vrais batteurs de gong.
   
Les gens du gong

    Toute l’Afrique au sud du Sahara vibre au son des tambours.
    Nous avons vécu dans la région de Basoko-Isangi et je me permets de reprendre une nomenclature ethnologique dont je ne revendique aucunement la paternité.
    Certains auteurs qualifient de “gens du gong” sur le haut fleuve Congo trois ethnies importantes: les Lokele, les ToPfoke et les Turumbu.
    Issues d’un ancêtre commun possiblement mythique appelé Eondja-Ondja.
    Il aurait donné naissance à trois lignées importantes toujours bien présentes sur le terrain:
   
1.- Le fils ainé “Wembe” :
    Géniteur des YaWembe, plus connus sous le nom de Lokele, nom dont l’origine est parfois contestée.
    Lokele viendrait du nom d’une moule d’eau douce qui peut servir de cuillère d’où serait issu, en lingala, le substantif “keli” qui veut effectivement dire cuillère.
    En principe, les Lokele sont des gens d’eau qui vivent en famille regroupés dans plusieurs grandes pirogues, accolées les unes aux autres, que nous retrouvons entre Stanleyville et Bumba, parfois plus en aval encore.
    Ces gens du voyage, riches de leur commerce, de leurs trafics et bien nourris par la générosité du fleuve sont très métissés du fait même de leur mobilité et des contacts qu’ils ont toujours eus et qu’ils ont toujours, non seulement avec les riverains du fleuve et des rivières affluentes, mais aussi avec quantité de voyageurs, dont les arabisés, qui depuis plus de cent cinquante ans fréquentent ou parcourent la région d’Isangi.
    La mobilité de l’ethnie Wembe ne les a pas empêché de créer, le long des cours- d’eau qu’ils fréquentent, de très nombreux villages dans lesquels vivent non seulement de vrais YaWembe mais aussi quantité d’individus d’origines différentes tels que ToPfoke, BaMbole, BaSoo, YaNongo, MoNgandu etc..
    Ils ont empruntés le mode de vie des Lokele et sont classés comme “Lokele d’origines diverses” , bref, des pseudo-Lokele.

2.- Le second fils d’Eondja-Ondja:
    Eso, ou Ipoke     aurait généré la puissante ethnie des ToPfoke.
    Gens de terre qui se sont installés de part et d’autres de la rivière Lomami dans sa partie proche du confluent avec le fleuve Congo, ils se sont étendus loin vers l’ouest au-delà de la rivière Lokombe jusqu’à leur voisinage avec les MoNgandu.
    Il s’agit d’une ethnie rustique, puissante, fortement et diversement tatouée, belliqueuse, dynamique, active et peu disciplinée.
    Il y a eu longtemps divergence de vue entre eux et les YaWembe afin de savoir qui était l’aîné de la descendance d’Eondja-Ondja.
    Cette palabre aurait été tranchée à la demande des intéressés en 1928 par l’Administration Coloniale établie à Isangi.
    Elle aurait donné la primauté à Wembe.
    Cette décision semble avoir été acceptée avec le temps, mais chez certains ToPfoke un doute subsiste toujours par le fait que les Wembe, pragmatiques, avaient d’excellentes relations avec l’autorité coloniale.
    Par exemple: tout homme valide devait, à l’époque, fournir une certaine quantité de produits agricoles, accomplir certains travaux d’intérêt général, cultiver une certaine surface de cultures vivrières et/ou d’exportation.
    Les Lokele en étaient exemptés et devaient assurer le transport fluvial du personnel et des marchandises de la colonie.
    Cette promiscuité avec les autorités locales et les amitiés inévitables qui pouvaient en résulter ont parfois fait dire aux ToPfoke que le jugement de 1928 était douteux et pouvait manquer d’équité.

3.- Le troisième fils, Bolimo:
    Aurait généré la lignée des Mboso, appelés aussi BoLimo ou Turumbu.
    Ils se sont établis en majorité sur la rive droite du fleuve entre Yangambi en amont et la rive gauche de l’Aruwimi en aval, jusque Basoko.
    Ils s’étendent loin au Nord jusqu’à la limite du territoire de Banalia.
    Ce sont des gens de la forêt pacifiques, mais industrieux.

    Ces trois ethnies, à tort ou à raison ont la réputation dans la région du moyen du haut Congo d’être des spécialistes de la transmission de messages par le biais du gong, des “tambours-téléphone”.
    Nous avons vécu dans cette région durant treize ans et nous voulons bien croire en cette réalité.
     Tôt le matin, dès le lever du soleil, jusque bien longtemps après le coucher de celui-ci, il ne se passe pas une heure sans que ne vibrent les appels de joie ou de tristesse portés par le son du Tam-tam.
   
L’harmonie de la communication verbale

    Il y a, de par le monde, plusieurs centaines, voire des milliers de langues et de dialectes dont chacun a ses particularités propres.
    Certaines langues sont chuintantes, tel le portugais ou le tshiluba, gutturales en ce qui concerne les langues germaniques, difficiles à saisir telles les langues nordiques ou slaves.
    L’Italien est la langue de la joie et de la chanson, l’espagnol est pathétique, le français était la langue de la diplomatie, l’anglais est universel et est toujours celle de la technique.
    Il y a aussi les langues d’origine asiatique qui, pour nous, occidentaux, demandent un effort particulier et beaucoup de bonne volonté pour être assimilées.
    Il y a des langues qui s’écrivent de gauche à droite, d’autres de droite à gauche voire de haut en bas.
    Il y en a qui s’écrivent sur base syllabique, telles les langues sémitiques ou alphabétique, celles que nous, occidentaux connaissons.

    Sans être linguiste, la pratique de la langue des BaNgala, originaires des berges de la rivière Mongala, affluent de droite du moyen Congo, me permet d’apprécier la douceur et la fluidité des expressions usuelles appliquées par ces ethnies.
    La langue des BaNgala, le lingala s’articule autour d’un noyau monosyllabique auquel s’ajoutent préfixes et suffixes, permettant de développer une grande richesse grammaticale tandis que le vocabulaire, surtout technique ( et c’est normal) est plutôt limité.
    Le rôle de toute langue est de donner à des groupes d’individus la possibilité  de communiquer entre eux suivant des codes, des habitudes, des règles convenues permettant la compréhension.
    L’ordre impératif d’un policier qui vous demande vos papiers à un carrefour est, dans toutes les langues, assez peu encourageant.
    Il en est de même lorsque l’on donne ou reçoit des instructions ou à la lecture d’un rapport technique ou juridique.
    L’âme d’une langue se dévoile lors de discussions amicales, à bâtons rompus, entre amis, sereins, en paix avec leurs consciences et heureux de se rencontrer.
    Dans la cuvette congolaise, lorsque sur le sentier entre le village et les champs vivriers deux amis se croisent, ils se saluent courtoisement et, sans trop s’attarder, continuent leurs chemins.
    Le dialogue n’est cependant pas rompu, ils vont continuer durant une ou deux minutes, cheminant chacun de leur côté, à tenir une brève conversation.
    Et cela donne à peu près ceci:
- O kenda wapi
ôôôô  ? en français: Où vas-tu ?
- Na kei kopesa mbote na maââma na ngai
ôôô ! mpe na leki na ngai ôôô !
   En français: je vais saluer ma mère ainsi que ma petite sœur.
- Kenda malamo
ôôô ! En français: bonne route.
- Yo mpe otikala malamo
ôôô ! En français: Toi même, bonne continuation.

    Qu’importe si les détails du vocabulaire ne sont plus exactement saisis: la vibration, le rythme, l’harmonie de la phrase reste en suspension dans l’air et est toujours compréhensible pour les deux interlocuteurs.
    Les langages de la cuvette  centrale congolaise, au risque de me répéter, sont doux et harmonieux.
    Ces gens ne parlent pas, ils chantent.
     
Du rythme de la parole au rythme de la percussion

    C’est sur ce principe que la transmission par le gong ou tambour me semble basée.
    Il y a dans chaque village, à proximité de la résidence du chef, un abri, sous lequel est installé le gong de transmission des nouvelles avec les villages voisins.
    Ce gong peut-être de dimensions  considérables.
    Il est posé sur des rondins ou encore, suspendu par des lianes.
    Il mesure parfois deux mètres de long et quatre-vingt centimètres de diamètre.
    Il est constitué d’un tronc d’arbre évidé qui sert de caisse de résonnance avec une ouverture large de quatre à cinq centimètres par laquelle est passée toute la matière interne du tronc.
    Les deux lèvres de cette ouverture sont d’épaisseur différente permettant ainsi lorsqu’ on les frappe d’émettre, l’une un son grave et l’autre un son aigu.
    Le choix de l’arbre est important: il doit être résistant, souple, ne pas se fendre et facile à évider.
    En général, il s’agirait d’un arbre de la famille botanique des sterculiacées, mais je ne voudrais pas trop m‘avancer sur ce détail.
    Les maillets de frappe ont moins d’importance; souvent, pour éviter d’abîmer le tronc, ils sont entourés, bardés à une de leur extrémité, de bandes de caoutchouc naturel.
    Ce caoutchouc donne à la frappe une tonalité plus douce, plus feutrée.
    Il est évident que ces instruments de percussion n’ont pas, du point de vue harmonie, la même précision que les instruments de musiques modernes.
    Variable suivant les dimensions du gong, l’âge du tronc au moment de l’abattage, sa structure, sa densité, il est quasi impossible d’avoir une homogénéité des sons émis dans la même région.
    Chaque village a donc sa signature à travers le gong et il n’est pas nécessaire à un batteur averti de demander l’identité de son correspondant.
    Dans les villages du haut fleuve qui ont gardé leurs traditions, deux personnages ne quittent jamais le village et ne risquent pas ainsi d’avoir un accident de chasse ou de pêche.
    Il s’agit du griot, du “conteur“, un ancien qui, le soir à la veillée, devant une assemblée attentive et respectueuse enseigne l’histoire de la tribu, du village.
    Vérités, anecdotes ou fantasmes, peu importe, les plus jeunes peuvent ainsi acquérir une mémoire ethnologique, apprendre l’histoire de la collectivité, les luttes, les guerres, les victoires et connaître les problèmes de terre qui ne sont pas rares.
    Le second est le batteur de gong.
    Il a acquis la technique et les secrets de la transmission de l’information.
    Il connait tous les correspondants à dix ou douze kilomètres à la ronde et peut, à tout moment, entrer en contact avec eux.
    Ils ne sont pas tous de même qualification, mais chaque village a son batteur de gong.
   
    Ceux qui  ont vécu comme nous dans la brousse profonde, se souviennent du son des tambours qui, tard dans la nuit, animent une fête ou une simple libation.
     L’Afrique profonde palabre.
    L’Afrique profonde chante.
    L’Afrique profonde danse.
    L’Afrique profonde ne s’ennuie jamais.
   
    Ce n’est cependant pas de cela que je veux parler.
    C’est tôt le matin, dès l’aurore, lorsque les tous premiers rayons du soleil s’efforcent de percer le reste des ténèbres de la nuit que cela commence.
    L’air est déjà chaud, l’eau du fleuve est toujours froide et une brume de plusieurs dizaines de centimètres recouvre la masse liquide.
    Des pêcheurs, déjà au travail, émergent de cette brume, silhouettes déformées par la réfraction et paraissant à la fois proches et lointaines, surdimensionnées, des géants de trois mètres de haut qui semblent comme autant de Jésus-Christ marcher sur les flots.
    Peut-être en était-il et en est-il toujours de même sur le lac de Tibériade...
    C’est à ce moment que le son est le plus porteur.

    Et cela commence ainsi:
- Touk-  Touk-  Touk- : un batteur de gong est réveillé et s’enquiert des collègues des autres villages.
    Et la réponse vient:
- Touk- Touk- Touk-    Touk- Tik-  Touk- Tik : grave aigu - grave aigu, qui se traduirait en lingala par noki - noki. En français: vite - vite.
    Et l’autre de répondre:
- Touk-   Touk-   Touk-    Touk-   Touk-   Tik-
     Oh!      Oh!      Oh!       Ma        lem      be
   En français: Oh! Oh! Oh! Doucement (effectivement, aucune raison d’être pressé si tôt le matin).

    Le dialogue peut commencer et d’autres intervenants se présentent rapidement.
    Vous me direz que c’est assez peu précis comme technique de transmission et vous avez raison.
    C’est là que tout le professionnalisme du batteur de gong entre en jeu.
    Il essaye de transmettre à ses élèves du village la technique de la transmission  par la modulation précise du rythme de percussion, ainsi que par la recherche de périphrases pour autant que faire se peut éviter toute ambigüité.

    Je voudrais citer deux exemples:
- En français: Les enfants sont partis en classe, ,ils sont partis étudier.
  Ce qui donne en lingala :
Ba        na      ba      keï      na      cla       ssi,  ba       keï   ko       te       ya
Touk- Touk- Touk- Tik- Touk- Touk- Tik- Touk- Tik- Touk- Touk- Tik
    La transmission est ainsi faite par une succession de sons graves et aigus.
   
- Un autre exemple qui ne m’est pas personnel, mais que j’avais trouvé, il y a
   cinquante ans, dans une brochure spécialisée.
   C’est un exemple en langue française, ce qui est plutôt inadéquat mais explicite
   quand même.

   “ Il       é        tait   a         ssis  là “ ce qui pourrait donner par la magie du gong:
      Tik- Touk- Tik- Touk- Tik- Touk-
   
    Si on veut insister sur le fait qu’il était assis ( et non pas debout), on double le
    rythme de la percussion sur les deux syllabes de “assis”.
    Ce qui donne:

    “ Il      é         tait   a                     ssis            là”
       Tik- Touk- Tik- (Touk-Touk-) (Tik-Tik-) Touk-

     Si l’on veut insister sur le fait que c’était “là” qu’il était assis et non pas autre
     part, on double la dernière voyelle.

    “ Il      é         tait   a         ssis  là”               ce qui se traduit par:
       Tik- Touk- Tik- Touk- Tik- (Touk-Touk-)

    On voit de cette manière qu’un bon batteur de gong est capable de moduler ses phrases avec beaucoup de précisions.
    Généralement, dans les villages, le chant des gongs est compréhensible par tous les adultes et même les adolescents.
    Peu d’entre eux, cependant, sont capables d’émettre valablement et les maîtres sont rares.
    Dans la région d’Isangi, les enseignants savent qu’ils doivent exiger le silence le plus absolu lors des examens ou des interrogations écrites car il n’est pas rare d’entendre un léger pépiement, modulé entre la langue et les incisives et qui donne aux amis la réponse aux questions posées.

    Certains maîtres de gong, hautement qualifiés, communiquent parfois en utilisant qu’une seule lèvre du gong.
    Le rythme et l’harmonie de la frappe suffisent à diffuser l’information.
    C’est de la haute technique.. de l’art.

    Nous l’avons dit: la portée du son est variable et le contact régulier se fait entre villages distants de 5 à 12 kilomètres, mais parfois beaucoup plus loin suivant les conditions atmosphériques.
    Evidemment plus la distance augmente, moins il y a de précisions et plus il y a d’erreurs.

    Mais qui suis-je pour vous expliquer tout cela ?
    Toute l’Afrique centrale, non seulement dans la cuvette, mais bien au-delà, vibre au son des tambours, transmet des informations par le Tam-tam.
    Ne dit-on pas qu’en 1901, la nouvelle de la mort de la reine Victoria était arrivée à Nyangwe sur le Lualaba trois mois avant la dépêche officielle ?
    Mon épouse et moi-même avons vécu durant treize ans dans une région où les tambours étaient omniprésents.
    Cela nous a questionné, nous nous sommes interrogés, nous nous sommes renseignés, on nous a expliqué maintes et maintes fois, mais je dois vous avouer que nous n’y avons jamais rien compris...
    Pour pénétrer le sujet, il aurait fallu que nous puissions étudier et pratiquer au moins un ou deux dialectes locaux.
    Puis, ensuite, entreprendre l’étude du langage des gongs.
    Nous avons consacré nos loisirs à l’étude de la répartition géographique des ethnies locales, de leurs migrations et de leurs généalogies.
    Et puis, il faut bien le dire, la raison principale de notre présence en Afrique Centrale était la gestion d’une plantation de plusieurs milliers d’hectares de palmiers à huile, ce qui laissait peu de temps aux études ethnologiques.
    On ne pouvait être à la fois au four et au moulin.
   
    Je vous disais que nous n’y avions pas compris grand’ chose, le Révérend Carrington, lui, semble avoir compris.. enfin.. peut-être !
     
Le lilois

    Comment être certain de l’orthographe de ce moyen de transmission et même de sa prononciation ?   
    J’ai pris l’initiative de la transcription suite à ce que j’ai cru comprendre des explications qui me furent données en 1962.

    Nous, qui avons vécu en Afrique Centrale, nous avons parfois été invité à des fêtes villageoises.
    Assis sur les quelques chaises disponibles de la collectivité et qui nous étaient réservées par respect aux invités VIP, nous admirions un groupe de jeunes demoiselles à peine pubères, habillées de simples jupettes en raphia, le corps couvert de “ngola” (poudre rouge de l’arbre ptérocarpus soyauxii) et les cheveux soigneusement tressés et enduits d’huile de palme.
    Leurs pieds frappent le sol en cadence et quelques pièces métalliques fixées à leurs chevilles donnent le rythme de la danse.
    Certaines d’entre-elles ont, fixé sur les reins, un petit panier en roseaux, d’une vingtaine de centimètres de longueur, peut-être un peu plus, contenant des graines sèches ou des coquilles de cauris.
    Au rythme de leurs pas, la percussion est ainsi harmonieusement accentuée..
Tchic..   Tchic..   Tchic..
    Certaines d’entre-elles tiennent le petit panier entre leurs mains et l’agite suivant un rythme connu d’elles.. et des spectateurs, sauf de nous, évidemment.
    La foule, parfois, est prise d’un rire contagieux, incompréhensible pour nous, béotiens à la peau blanche.
    C’est qu’une de ces demoiselles, à l’esprit frondeur,  a gentiment brocardé un des visiteurs au regard parfois allumé.
    Elle a transmis à ses parents et amis ses impressions au travers du rythme des cauris.
    Qui parmi nous, naïfs invités, aurait pu croire qu’une transmission d’informations, de sentiments, de joie,  puisse se faire d’une manière aussi simple.
    Enfin.. simple.. tout cela est relatif.
    C’est léger, aérien, doux à l’oreille sans malice mais absolument imperméable à notre esprit rationnel.
   
  Conclusion

                                Il n’y a rien de plus trompeur
                                qu’une évidence !
                                                     (Conan Doyle - Sherlock Holmes)

    Nous, Belges, sommes restés en Afrique Centrale durant quatre-vingt ans.
    Nous avons, en collaboration avec les populations autochtones pacifié, exploré, inventorié, créé, développé les structures telles que les routes, les aéroports, les hôpitaux, les chemins de fer, les ports, les cités administratives.. etc.
    Nous avons établi des plantations, implanté des écoles, une structure médicale dense, des industries minières et manufacturières.
    Nous avons organisé le transport et des communications toujours à la pointe du modernisme.
    Moins rentable immédiatement, mais tout aussi important, nous avons essayé de comprendre nos interlocuteurs africains, leur mode de vie, leur approche de la nature, leur philosophie.
    Je ne saurais terminer cette conclusion sans citer le livre du Révérend Père Placide Tempels (S.J.) (1906 - 1977)  “La philosophie Bantoue “ (collection Présence Africaine 1949) qui a suscité chez les jeunes Européens tant de vocations africaines malgré les critiques de Monseigneur Félix de Hemptinne (Bénédictin)  -  (1876 - 1958) un autre grand connaisseur de la mentalité bantoue.
    Avec le recul des décennies, nous devons hélas, constater que nous n’avons fait que gratter, bien superficiellement, la réalité des choses.
    Combien de personnes, de cellules de recherches, actuellement dans le monde s’intéressent- elles encore à la transmission de messages par le gong ?
    Quelques dizaines ? Quelques centaines ?
    Je me réfère ici à la découverte de l’os d’Ishango: quelques stries, quelques pointillés nous permettent de supposer une civilisation, une connaissance, que nous, au XXI ° siècle, à l’aune de nos connaissances, supposons bien plus profonde qu’ envisagée.
    Tous ces mystères, ces énigmes remontant dans l’histoire à des siècles, voire des millénaires, s’estompent dans la brume du temps passé.
    Lorsque l’intérêt de la connaissance s’estompe, en linguistique dialectale, en ethnologie, ou plus techniquement dans le nucléaire, la  recherche n’est plus attractive pour les scientifiques et finit par tomber parfois totalement dans l‘oubli.
    Au loin, là bas, à l’horizon, au dessus du brouillard du temps, quelques pics devinés, neigeux, se fondant dans la couleur des siècles lointains, émergent et nous rappellent qu’avant nous, d’autres civilisations, d’autres approches profondes ont existé et auxquelles nous n’auront jamais accès.
    Qu’importe actuellement la transmission par le gong à l’ère du téléphone portable, de la télévision en mondovision, de l’informatique et de l’ Ipad !
   
    L’histoire, nous dit-on, repasse parfois les plats, mais ils ne sont jamais ceux d’origine: leur saveur est altérée par la modernité, les données de l’équation ont tellement changé  et quoique l’on fasse, la réalité, la vérité des choses du passé  ne pourront jamais être exactement retrouvée.
    Qu’en est-il des saveurs d’antan ?
    Nous devons essayer de retrouver les vieilles recettes de nos ancêtres; de nos aïeux, mais pas nécessairement revivre leurs expériences, car les saveurs de leur époques étaient parfois amères.. très amères.


                                                                       E.A.Christiane
                                                                  Bénissa, le 06.03.2012
 

Par E.A. Christiane - Publié dans : Ethnologie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 15:16



LIBERTE
= = = = = =


                                                                                            Va,pensiero
                                                                                        (Nabucco - Verdi)

    LIBERTE ! LIBERTE chérie !
   
    Trois syllabes scandées, chantées maintes et maintes fois par des foules en délire, par des hommes désespérés, un chant émouvant, qui remue les entrailles, qui chavire la pensée, qui emporte les sens et que je chante avec eux au plus profond de mon âme.
    Ce chant merveilleux emporté sur des ailes dorées se pose sur les pentes et sur les collines (va, pensiero - Nabucco) depuis des siècles, partout où il y a des hommes qui souffrent, qui aspirent à atteindre le plus beau sommet qui soit : la LIBERTE.

      Souviens-toi des jours de ta misère
                  (Nana Mouskouri - Je chante avec toi liberté)
   
    Rares sont les moments dans notre existence durant lesquels nous avons réellement joui de la vraie LIBERTE.
    Notre jeunesse a été martelée par les préceptes inculqués par nos parents        "Tu ne peux faire cela ..”,    “ Tu dois faire comme ceci...”.
    Puis durant notre scolarité, une longue suite d’obligations plus ou moins bien comprises mais impérativement suivies,  sous peine de sanctions nous ont formés, ont forgé notre caractère pour faire de nous ce que nous  sommes.
    Je peux le comprendre: nous étions, jusqu’à notre adolescence une matière molle, souple, plastique, flexible, maniable, à laquelle il était nécessaire d’inculquer un certain nombre de principes, qu’il fallait éduquer, à laquelle il était nécessaire de donner un chemin de vie pour nous permettre de nous intégrer à la communauté dans laquelle et pour laquelle un minimum de règles, de limites doivent exister sous peine de voir le chaos s’installer.
    Mais ensuite, parmi ceux qui ont fait leurs devoirs civiques, leur service militaire et plus tard, dans le cadre de la vie professionnelle, ont été témoins ou victimes de l’autorité de chefs dont la finalité des instructions était empreinte  d’autoritarisme mal placé, de mégalomanie, de tyrannie parfois, syndrome de leurs complexes ou symptômes de leur incompétence.
    Aucune logique, aucune explication non plus, et pour cause, ils avaient un galon de plus, ils avaient une responsabilité de plus, ils avaient  un pouvoir, une prépondérance, et par conséquent,  une autorité de plus et de laquelle ils abusaient parfois !
    On n’avait plus qu’à leur obéir sans discussion, mais souvent dans un esprit critique refoulé.
   

    Qu’aurions-nous, qu’aurais-je dû faire ?
    Douter, parlementer, remettre en question les décisions, critiquer les ordres, polémiquer ?
    Oui, vous avez raison, si j’avais été courageux, moins lâche, c’est ce que j’aurais dû faire.
    Mais quand on aime son travail, quand on aime le pays dans lequel on vit, quand on apprécie, quand on estime ses collaborateurs et surtout quand on a charge de famille, une femme et un enfant, on prend garde à ne pas déplaire à celui ou à ceux qui vous jugent et qui, sans espoir d’une quelconque procédure en appel peuvent mettre fin à vos espérances, à vos ambitions, à votre carrière en vous classant comme têtu, peu fiable, indiscipliné, insolent, effronté, irrespectueux.
    Nous, les chefs de ménage, lorsque nous vivons en couple,  nous avons des responsabilités matérielles et morales envers notre famille.
    Nous ne pouvons prendre de risques inconsidérés.
    Aussi, devant l’absurde et l’arbitraire, nous baissons les yeux, nous nous plions aux diktats sans sourciller, nous nous éloignons, tête basse, sans commentaires, et quoique  peu fiers de nous mêmes
   

    Ces considérations sont issues de mon expérience personnelle, mon expérience de salarié.
    Chacun a sa propre approche de la question, a sa sensibilité personnelle.
    Il est évident que quelqu’un qui a été travailleur indépendant toute sa vie aura probablement une autre opinion que la mienne.

    Mais cela me fait penser à ce présentateur de télévision qui interviewait un Président de la République Française qui, importuné par une question, lui imposa un  “ Taisez-vous Elkabbach!”.
    C’est mieux qu’un autre Président qui a écarté un importun par un : “ Casse-toi, pauvre con !”.
    Naturellement, tous les Présidents de la République Française n’ont pas les mêmes réactions.
    Charles de Gaulle, à qui on posait une question à laquelle il ne voulait pas répondre lors d’une conférence de presse avait répliqué : “Monsieur, cette question n’était pas prévue par le protocole”.
    De Gaulle avait de la classe, il avait aussi de l’éducation.
   
    Cela fait mal, très mal parfois cette perte de LIBERTE de critique, de parole, de pensée et si j’en parle aujourd’hui, si je m‘en souviens, vingt cinq ou cinquante ans plus tard, c’est la preuve que ces situations laissent parfois de bien cruelles cicatrices.
    De cela, j’ai souffert durant des décennies et le jour où j’ai pris ma retraite, j’ai dit à mon épouse: “ jamais plus je ne veux ouïr deux phrases que j’ai trop souvent entendues dans ma vie professionnelle: “ Je te défends de ...” et “ Tu dois...”.
     
    Mais ai-je le droit de me plaindre ?
    De tous temps, toujours la LIBERTE fut limitée, et la meilleure justification est que  la LIBERTE individuelle ne peut jamais empiéter sur la LIBERTE d’autrui.
    L’ancien testament, la Torah, édicte parait-il 613 règles dont 365 préceptes négatifs “ tu ne feras pas..” et 248 préceptes positifs “Tu feras..”.
    Quantité de peuples ont essayé de suivre ces principes avec plus ou moins de résultats.
    De quoi me plaindrais-je moi qui ai vécu dans une famille, dans un milieu où, je l’avoue je n’ai pas eu trop de contraintes.
    Et cependant .., j’ai quelques regrets, des raisons de soupirer à l’évocation de certains souvenirs teintés d’amertume, de dégoût, d’écœurement parfois, devant le manque de transparence, l’illogisme de certaines décisions, de certaines instructions, de certains ordres impératifs auxquels je devais me plier. .

    Quand tu es absente j’espère
                       (Nana Mouskouri - Je chante avec toi liberté)

    Aux yeux du bon peuple, la LIBERTE ne vient pas seule, elle engendre le bien-être, la richesse, une vie matérielle plus aisée, exempte non seulement de contraintes mais aussi de soucis.
   
    Pauvres gens !
    Souvent manipulés par des leaders politiques sans scrupules, ils ne savent pas dans quel piège ils se précipitent, ils voient  le côté rose et lumineux des choses, le leurre de la situation future et très souvent, trop souvent, le réveil est cauchemardesque pour ceux qui se retrouvent loin du sommet du nouveau pouvoir.
    Tout au long du siècle dernier, nous avons vu des foules défiler en scandant des slogans encensant le futur comme “aube lumineuse“, de” soleil se levant à l’orient”, d’un “renouveau flamboyant”.
    Même actuellement, j’ai le cœur rempli de tristesse lorsque j’entends parler  de l’espoir des peuples au sud de notre “Mare nostrum” et de leur “printemps méditerranéen”.
   
    Il y a un demi-siècle, ils se sont libérés de l’autorité étrangère dans un grand élan d’espoir, ils allaient être enfin chez eux, maîtres de leur destinée.
    Ils avaient un avenir radieux tellement doux,  dans lequel ils allaient pouvoir vivre heureux, prospères, et élever leurs enfants dans la sérénité et la dignité.
   
    Où en sont-ils ?
    Ils doivent envisager une autre révolution en espérant, sans parfois trop y croire, qu’elle leur apportera bien mieux que la précédente.
    Combien d’entre eux réalisent-ils qu’ils ont secoué le joug d’une dictature afin de préparer le lit d’une autre parfois pire que la précédente et qui apportera, dès les premières années, des exactions, des limitations à la LIBERTE et des frustrations.
    Ces germes d’une nouvelle révolution en appelleront une autre et encore une autre..
    Ils ont navigué en évitant Charybde à bâbord mais ne savent pas qu’ils se précipitent à tribord vers Scylla.
    Tous ne vont pas à la catastrophe, il faut l’espérer, mais combien d’entre eux feront naufrage ?
    L’histoire n’est pas un long fleuve tranquille, elle fait évoluer les civilisations par étapes, par à-coups dans, bien souvent, de cruels soubresauts.
   
    Nous les avons vu, en d’autres lieux,  il y a cinq décennies, défiler avec leurs peintures et leurs atours traditionnels, brandissant glaives, machettes et troumbaches, scandant des “uhuru” hystériques.
    Ils suivaient aveuglément un leader calculateur, intéressé, manipulateur, avec des objectifs personnels bien précis.
    Ils étaient convaincus d’avoir acquis enfin leur LIBERTE, leur bonheur futur pour eux et leur famille.
   
    Qu’en reste-il ?
    Il ne reste qu’amertume et déboires mais pas de regrets car en cinquante ans, beaucoup de choses s’oublient et l’expérience des parents ainsi que leurs souvenirs ne sont pas transmis aux enfants.
    Un problème de génération.

    Un de mes amis, africain, avait appelé son fils Joshua
    Il me disait, au début des années 1960 que lui, ne verrait pas la terre promise, mais que son fils vivrait bien mieux que lui dans la paix et la prospérité.
    Joshua a actuellement la soixantaine, il vit à Kinshasa, mais je doute qu’il vive dans un pays de cocagne où coule le lait et le miel.

     Je comprends qu’on meure pour te défendre
                       (Nana Mouskouri - Je chante avec toi liberté)

    Voici des siècles, certainement sept cents ans, depuis l’apparition des guildes en Flandre, nos aïeux et avant eux bien d’autres peuples avaient aussi souffert de leur quête de LIBERTE;
    Ils ont été surveillés, soupçonnés, accusés, interrogés,  embastillés, bannis, déportés, torturés et exécutés par le fer, la corde ou par le feu parce qu’ils osaient demander plus de LIBERTE, moins de contraintes, qu’ils puissent s’exprimer lors des prises de décisions pour la collectivité, un contrôle, une limitation à l’omnipotence de l’autorité en place qui se réclamait parfois de Dieu ou, souvent, autoproclamée.
    Parfois, ils ont réussi; un changement de régime a pu intervenir, mais la période transitoire a été souvent bien difficile à supporter.
    Combien de temps faut-il, combien de misères, de larmes et de sang ont été versé avant qu’une nouvelle structure soit mise en place ?
     Bien des années se sont écoulées, et ont été nécessaires avant que la France ne se stabilisée après 1789.
    Il a fallu quinze ans avant que la Russie puisse s’assumer après la révolution bolchevique.
    Jamais le nazisme n’a réussi à établir, ne serait-ce qu’un semblant de paix et de sérénité, pour finalement coûter quarante millions de victimes bien souvent innocentes.
    Et nous pourrions citer encore bien d’autres dictatures, qui, pavées de bonnes intentions, mais qui n’ont amené que souffrance et mort aux peuples auxquels elles avaient promis des lendemains qui chantent: au Congo, en Uganda, au Zimbabwe, à Cuba, dans le Sud- Est asiatique, en Asie centrale, en Amérique du sud, en Amérique centrale et dans bien d’autres lieux.
    Dans toutes les geôles, que ce soit les baraquements créosotés de la Shoah, dans le froid sibérien des gourbis du Goulags, à Cayenne ou, plus proche de nous, dans chacune de nos prisons, le soir, lorsque le couvre- feu est là, on pouvait et je suppose que l’on peut toujours,  entendre des murmures, des prières, des sanglots et le mot magique qui revient, souvent répété, celui vers lequel tout prisonnier aspire, le mot magique de  LIBERTE.

    Une fois, une seule fois, j’ai été privé de liberté et je me suis évadé.
    Je n’étais pas enchaîné, je n’étais même pas  derrière des barreaux, j’étais  seulement limité dans mes déplacements.
    C’en était trop, j’avais réfléchi, j’ai élaboré un plan, puis j’ai osé, j’ai risqué, et j’ai réussi.
    Si j’avais échoué, si j’avais  été repris, j’y aurais perdu la vie; je le savais mais la force qui m’a poussé vers la LIBERTE était trop forte.
    Je voulais pouvoir flâner à ma guise le long des trottoirs, regarder les vitrines.
    Je voulais pouvoir me promener dans les champs dans la campagne, écouter le pépiement des oiseaux, les doux murmures d’un frais ruisseau dans le sous-bois sans être épié par un policier, un gendarme, un commissaire politique ou un indicateur suspicieux, haineux, et, surtout revoir ceux que j’aimais et dont j’étais séparé depuis plus de six mois.
    Cette force, qui était en moi, m’avait obligé à prendre des risques inconsidérés; c’était comme une graine qui germe dans l’anfractuosité d’un mur, qui développe ses racines et qui finalement détruit, disloque la construction.
    J’étais jeune, j’étais fou mais poussé par une irrépressible envie de vivre librement..

   Je crois que tu es la seule vérité
   La noblesse de notre humanité
                (Nana Mouskouri - Je chante avec toi liberté) 

    Nous, Européens de l’Ouest avons quelques difficultés à comprendre ce besoin de LIBERTE.
    Nous avons l’avantage d’avoir forgé notre destinée démocratique depuis des siècles : après, nous l’avons vu, bien des déboires, bien des souffrances, bien des drames, du sang et des larmes.
    Mais nous avons élaboré un système complexe qui s’appelle démocratie, sensé nous mettre à l’abri des abus les plus flagrants.
    La vigilance est bien nécessaire: il y a des dérives, des faux pas qui nous menacent à chaque décennie.
    Actuellement, c’est la dictature de la majorité qui nous guette, car, en principe, la majorité décide des lois et de leurs applications.
    Qu’en est-il des minorités ethniques, confessionnelles, économiques ou sociales ou autres?
    Elles ont été protégées: en aucun cas elles ne peuvent être spoliées, écrasées, ni davantage encore  plus minorisées.
    Et je pense souvent aux palabres bantoues, dont le modèle est applicable dans de petites communautés, à l’échelon d’un village par exemple.
    On se réunit autant de fois qu’il  est nécessaire, et cela peut durer des jours, des semaines parfois, mais chacun finit par être convaincu que les décisions prises sont les bonnes.
    Elles ne sont pas décidées par la majorité mais par consensus, ce qui est une sorte d’unanimité.
    Il n’est guère possible de gérer un pays moderne, de plusieurs millions d’individus de cette manière.
    Nous avons un système représentatif dans lequel majorité et opposition peuvent jouer leurs rôles, mais des garde- fous existent afin que les minorités ne soufrent pas des décisions prises par- dessus leurs têtes.
    Il y a plus important que la démocratie: c’est le contrôle de la démocratie.

    Les chansons de l’espoir ont ton nom et ta voix
    Le chemin de l’histoire nous conduira vers toi
                        (Nana Mouskouri - Je chante avec toi liberté)

    Depuis deux siècles, des millions de migrants sont passés à l’ombre de la plus fameuse des statues qui domine  Ellis Island dans le port de New-York.
    Le flambeau de la LIBERTE éclairant le monde les avait accueillis.
    Ils venaient dans l’espoir d’une meilleure vie.
    Ils étaient pauvres, riches, instruits ou analphabètes.
    Ils parlaient toutes les langues et tous les  dialectes européens.
    Ils étaient pleins d’espoir en une vie meilleure, une vie de labeur, de dangers, d’imprévus.
    Ils avaient soif de LIBERTE.
   
    Qu’importe l’inconnu, la précarité, de toute façon là où ils allaient, devait être meilleur que là d’où ils venaient.
    Quant à la LIBERTE, nous l’avons vu, ce n’est pas un leurre, mais elle n’est jamais totale, c’est parfois un mythe, un espoir vers lequel chacun aspire, vers lequel, toute la vie chaque être humain fait converger ses efforts.
    Certains y arrivent mieux que d’autres mais personne ne peut jamais se proclamer totalement libre.
    Quel moteur pour l’humanité, plus puissant que l’amour, ce besoin de pouvoir se réaliser, de rêver de s’épanouir dans un contexte, une atmosphère de LIBERTE.

    Quand tu chantes, je chante avec toi liberté


                                                                                   E.A.Christiane
                                                                           Anderlecht, le 07.02.2012

       
   




Par E.A. Christiane - Publié dans : Introspection
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 16:26



                                                Une totale intégration

                                                            ====================



                                                                    
                                                                             Comme un poisson dans l’eau !

            C’est en 1961, que nous avons entendu parlé de lui pour la toute première fois, quoique, jamais, nous n’avons eu le plaisir de le rencontrer.
            C’était un homme encore jeune, probablement un peu plus de la trentaine à l’époque, peut être de nationalité belge, car il portait un nom à consonance néerlandophone, Bogart ou van den Bogeart, mais nous ne pouvons le certifier.
            Il s’était installé en brousse, dans un village à 70 ou 80 kilomètres de Yahuma, sur la route d’Opala.
            Il y avait construit sa hutte, bien entretenue, entourée d’une clôture soignée, une parcelle nette, balayée tous les jours, quelques caféiers, des bananiers doux, des papayers et quelques légumes.
            Il ne se livrait à aucune activité agricole ou commerciale, il était seulement là, vivant au milieu des villageois, des Ngandu, intégré, accepté comme un des leurs, sans complexe, heureux de sa vie simple et près de la nature.
   
            Le matin, à la pointe du jour, il sortait de sa case, pieds nus, en pagne, sa machette sur l’épaule droite, sa besace à son  côté et allait, comme les autres hommes du village, vers la rivière pour y faire sa toilette.
            Puis, tranquillement, il faisait un tour dans la forêt, relevant quelques pièges, pêchant quelques poissons naïfs, et rentrait dans sa parcelle avec une calebasse de vin de palme tout frais.
            Il y retrouvait sa ou ses compagnes qui avaient été dans le champs familial récolter quelques tubercules de manioc, des bananes plantains, une poignée de légumes locaux, peut être capturer une tortue égarée ou tué un serpent pas assez rapide, et qui s’activaient à faire bouillir la marmite du repas journalier.
            Parfois, il prenait son arc et son carquois et avait peut être la chance d’ embrocher un cercopithèque pas assez prudent avec une de ses flèches qu’il taillait lui-même.
            Un homme content, sans histoire, loin de sa civilisation, sans soucis de métro, de patron grincheux, d’impôts à payer, de factures à honorer, sans aucune ambition... une homme heureux.
            Les Révérends Pères de la mission ainsi que les Révérendes Sœurs, qui connaissaient bien et parcouraient régulièrement la région, n’en parlaient jamais, ne faisaient même jamais allusion à sa présence, on peut supposer que pour eux, il était une brebis égarée.
            Il vivait comme un simple villageois, un de plus dans cette petite collectivité à laquelle il était totalement intégré, parlant la langue, se pliant aux us et coutumes, se soignant à l’aide de la pharmacopée traditionnelle.
            Et le soir, il se joignait aux hommes du clan, un parmi les autres, sous la barza collective pour y discuter, échanger les potins de la vie du village.
            Un homme heureux, qui avait fait un choix.
   

                                                                                  Il était venu de nulle part
                                                                                  Il y est retourné

            Mais le drame n’était pas loin.
            Un jour d’aout 1964, une horde armée d’hommes se référant à Pierre Mulele et qui prétendaient imposer un ordre nouveau ont investi la région.
            Ils ont semé la terreur dans ce paisible village et ont arrêté et malmené ce pauvre homme qui n’avait strictement rien à se reprocher.
            Après plusieurs jours de calvaire, c’est devant le bureau du Territoire de Yahuma, qu’en compagnie d’une poignée de notables congolais, devant la population médusée qu’il a été passé par les armes.
   
            Que pouvait-on lui reprocher ?
            Il n’avait aucune autorité dans le cadre de l’administration, n’était pas militaire, n’était pas policier, ni riche commerçant, ni juge, ni chef de Groupement, ni même notable, il n’était rien, rien, sauf... qu’il avait la peau blanche.
            Il nous a été dit que juste avant d’être fusillé, il a demandé à ses tourmenteurs de prendre la parole.
            Cela lui a été refusé et il a été immédiatement exécuté.
            Les rebelles mulelistes savaient que si cet homme, aimé et respecté de la population, avait pu prendre la parole en dialecte ngandu, il aurait pu en quelques mots provoquer un mouvement de foule dont les nouveaux maîtres n’auraient pas été certains de pouvoir maîtriser.
   
             Pourquoi un jeune homme a-t-il laissé sa famille, ses amis, son village, ses habitudes ?
            Quel tourment a pu pousser un jeune de vingt ans pour ainsi tout abandonner et s’exiler volontairement au centre de l’Afrique ?
            Il est venu en Afrique, il y a vécu heureux et est resté en Afrique.
            Quels souvenirs a-t-il laissés ?
            Aucun à ma connaissance; si, peut être quelques enfants métissés qui sont actuellement des adultes vieillissants et qui, même s’ils étaient retrouvés n’auraient rien à nous dire.

            Seul nous pouvons encore vaguement nous  souvenir de lui et nous rappeler sa mémoire.
            Encore un secret de l’Afrique.

                                                                                         Antonio
                                                                                       03.06.2011
   

Par E.A. Christiane - Publié dans : chroniques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Rechercher

Catégories

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés